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Entretien du Lundi | Imed Alibi, Musicien, percussionniste et directeur des JMC : Un passage naturel du local à l’international

Entretien du Lundi | Imed Alibi, Musicien, percussionniste et directeur des JMC : Un passage naturel du local à l’international

Imed Alibi, musicien dans le sens percussionniste autodidacte, s’est lancé dans une carrière artistique laissant de côté ses diplômes de littérature anglaise et de traduction. Son départ pour la France était un réel tournant dans sa vie grâce à sa rencontre avec le groupe de rock oriental «Les Boukakes». En véritable globe-trotter, Imed Alibi enchaîne les tournées et les collaborations, du Maroc à l’Inde en accompagnant de grands noms. De ses nombreuses rencontres artistiques, Imed Alibi a construit un important réseau professionnel et est devenu un véritable ambassadeur des musiques du monde en s’impliquant dans différentes structures par le monde, et il a été également conseiller artistique aux précédentes éditions JMC. Pour les Journées musicales de Carthage 2019, Imed Alibi a commencé à s’activer depuis des mois déjà, il promet une édition à la hauteur de nos espérances.

Vous êtes le directeur des JMC 2019, est-ce que le simple fait d’être musicien vous prépare à la direction d’un festival aussi important ?

Absolument pas, pendant mes premières années avec les «Boukakes» le groupe avec lequel je jouais, j’ai accompagné pendant plusieurs années le manager du groupe dans tous les grands salons de musique (Babel med, womex…), je me suis familiarisé avec les professionnels, j’ai eu toujours cette envie de comprendre comment marche le monde de la musique et surtout pour les artistes en auto-production.

Ensuite, les choses sont devenues naturelles, j’ai commencé par m’auto-manager et petit à petit j’ai été sollicité pour la programmation d’événements, de résidence, du coaching artistique, j’ai créé un réseau qui me permet de parcourir le monde et de croiser des identités culturelles et artistiques multiples.

Que vous apportent aujourd’hui les JMC ?

Pour moi, les JMC arrivent à un moment de maturité après avoir assuré deux éditions en tant que conseiller auprès de Hamdi Makhlouf en 2016 et 2017 et aussi après une expérience à l’international où j’ai été pendant 5 ans consultant chez le silo (fabrique des musique du monde au sud de la France) et aussi à Visa for music à Rabat.
J’ai été aussi directeur artistique du festival des percussions à Sousse et également conseiller chez Massive music à Londres.
Je dirais alors que la direction des JMC est une responsabilité qui m’honore et que de ma part je n’épargnerais aucune énergie pour lui offrir tout ce dont je dispose comme relationnel et savoir-faire.

Encore une fois, les JMC sont considérées comme en rupture avec la chanson tunisienne classique et se consacrent uniquement à la scène nouvelle, qu’en pensez-vous ?

Les JMC sont le résultat d’une longue réflexion et une manière de repenser le festival de la chanson tunisienne. Pour moi ce n’est pas une rupture mais un passage naturel vers la musique en Tunisie qui intéresse les jeunes d’aujourd’hui, la créativité touche tous les styles, il n’a jamais été question de rompre mais de créer des sons nouveaux, de s‘adapter à la nouvelle technologie, à la transition numérique; par ailleurs, plusieurs producteurs électroniques utilisent des sons et des chansons des années 50, 60, etc. Ce que je voudrais dire est que la porte est toujours ouverte, le seul mot d’ordre : la créativité. Quant à la question des identités musicales, je peux vous assurer que rien ne se perd, tout se transforme».

Faut-il rappeler alors les idées fondatrices de ce festival tourné vers un aspect professionnel ?

Le festival est composé de trois grands volets : la compétition officielle qui est en vérité une sorte de showcases devant des professionnels. Les concerts en off reflètent la scène nouvelle en Tunisie, en Afrique et dans le monde arabe… le troisième volet est celui du marché de musique qui s’adapte aux changements dans le monde… Les JMC sont devenues une vraie plateforme de ces musiques et ont acquis une bonne réputation rien qu’à voir le nombre de dossiers parvenus au jury de sélection….

Pour cette 6e édition, qu’apportez-vous de neuf ? Je crois toujours en la continuité, les liens tissés avec des professionnels commencent à aboutir à de vrais partenariats durables. La qualité des artistes en compétition, des nouveaux prix, des professionnels adaptés au besoin de la scène tunisienne

La compétition officielle est une pièce maîtresses des JMC, quelle opportunité donne-t-elle aux artistes primés ?

Pour moi au-delà du prix ou des prix, la compétition officielle est une des rares opportunités pour les jeunes Tunisiens de jouer devant des professionnels.

C’est aussi une opportunité de travailler un set et de le produire (filmer et enregistrer)et de se rendre compte des manques et des faiblesses… et enfin c’est une des rares compétitions avec d’autres groupes de étrangers..

Le côté professionnel des JMC n’est pas nouveau il vient d’un besoin d’organiser le métier et lui donner des ailes ; comment cela s’est concrétisé durant ces 6 éditions ?

Pendant ces dernières années, la partie professionnelle est vraiment devenue une partie intégrante du festival et une idée fondamentale… le futur de la musique n’est pas dans le divertissement, c’est une économie bien installée dans le monde et notre place est quasi inexistante par manque de conscience du secteur privé de l’importance du secteur culturel et musical surtout digital…

A ce  propos, les JMC semblent une messe entre initiés, faite spécialement pour les musiciens, et la part du large public dans tout cela ?

La programme off est populaire et gratuit en pleine avenue H. Bourguiba où il y a du classique avec l’Orchestre symphonique, une ouverture avec Amine Bouhaffa, il y a aussi du gnawa, du fado et du qawalli et de l’ectro… du malouf… mais aussi, les projets en compétition sont des projets de professionnels qui vont concourir, certes, devant des jurys mais aussi seront des spectacles ouverts au public.

Source : La Presse